Vous êtes ici

Alain Gagnol
Rencontre littéraire dans le cadre du Festival Ciné Court Animé

Samedi 17 mars 2018

 

Alain Gagnol, auteur reconnu de polars et scénariste de films d’animation (Une vie de chat en 2010 et Phantom Boy en 2015, avec son collègue dessinateur Jean-Loup Felicioli), était l'invité de la Médiathèque dans le cadre de la neuvième édition du festival Ciné court animé et de l’exposition Autopsie d’un polar. L’occasion d’une rencontre, sur le thème des passerelles entre littérature et animation, animée par Jérôme Dutel, maître de conférences à l’université Jean Monnet.

 

 

Trouver son style

Devant un public très intéressé, dans la petite salle du secteur patrimoine, l’auteur explique ce qui l’a amené à ce métier. Né en 1967, Alain Gagnol avoue que son vrai plaisir en commençant une phrase est de dire "je". Romancier ou réalisateur, il s’est agi quoi qu’il en soit d’un long processus jusqu'à L'Egoïste , son premier court-métrage en 1995, année aussi de son premier roman. Alain Gagnol avoue chercher une voie, un style, et précise que « la découverte de Raymond Carver l'a libéré, car son style est très court, sec ». D’où l’importance du choix des nouvelles, qu’il a ensuite transféré au domaine de l’animation.

C’est l’occasion d’enchaîner sur le studio Folimage de Valence, où il passe beaucoup de son temps, et de lui demander quelle place il occupe au sein de cette famille. Il précise qu'il s’agit d’un travail collaboratif et que plusieurs réalisateurs présents ont déjà fait leurs propres courts-métrages. Mais le contexte actuel est un peu flottant, le créateur du studio, Jacques-Rémy Girerd ayant vendu ses parts. La notion de couple avec Jean-Loup Felicioli est très importante. Cela permet un travail complémentaire, en allers-retours très efficaces, dans une bonne ambiance.

 

 

Construire un film à partir de presque rien

Jean-Loup  Felicioli a étudié aux beaux-arts, d'où une influence esthétique forte. Alain Gagnol construit, lui, de rapides ébauches jetées sur le papier, qui deviendront ensuite de beaux dessins, avant d’être colorisés, ombrés, animés. Un bel exemple est donné avec une scène de Phantom Boy qui vole dans le mauvais sens dans la version d’ébauche, par Alain Gagnol.  Le double travail a permis de rectifier cette erreur : mise en scène d’une part, puis précisions des détails par ailleurs.

A la question de leur réaction aux prix obtenus sur leur travail (nominations aux César et Oscar en 2011 et 2012), l’auteur répond que le budget de Phantom Boy a pu être réuni en un an seulement.

 

Faire parler des gens « à la marge »

 

  Jérôme Dutel constate un style littéraire initial aux sujets très durs, contenant une dimension de tristesse, de désespoir. Les héros sont souvent des tueurs à gage. Il s’agit avant tout d’après l’auteur d’aller dans le sens de polars non documentés. Ce qui l’intéresse, ce sont les trajectoires des personnages, dans le style de Raymond Chandler, ou L'étranger de Camus, ou encore Le Facteur sonne toujours deux fois, de  James M. Cain. Ce qui lui importe est d’être dans la tête des gens.

« J'aime le fantastique, la science-fiction, ce qui est ludique, là pour distraire. »

Alain Gagnol ne préférant pas lire un passage d’un de ses livres, Jérôme Dutel s’exécute. Il souhaite faire remarquer l’insertion de passages en voix off au sein du suspens.

Si succès public il y a, c’est sans doute parce que les histoires parlent de gens à la marge.  Concernant l’origine de ses idées, l’auteur affirme que l’«on se repose sur ce que l'on vit, ressent et voit. «  Et oui, effectivement, il y a bien des insertions de Roanne et de souvenirs dans Les tragédies minuscules, série de dessins animés sortie en 1999.

 

 

 

 

Du court métrage adulte vers l’animation pour « Young adults »

Le fait d’être passé de courts métrages adultes à des films d'animation jeunesse tels Une Vie de chat s’explique entièrement par la difficulté à monter et financer de tels projets. Cela reste néanmoins du cinéma. En ricochet, on remarque la tendance de l’auteur à faire évoluer ses romans selon ce principe, et à écrire de plus en plus pour les publics de "Young Adults". Ainsi, la passion pour les super-héros s’exprimant dans Phantom Boy  se retrouve aussi dans la série littéraire Power club, dont le troisième tome paraît en mai chez Syros.  A la question : « Glissez-vous finalement d'un genre plus cru à un imaginaire plus lumineux ? », Alain Gagnol répond : « J'aime la culture américaine et l’humour américain inséré dans certains films US, du genre Breaking Bad ».

« On passe son temps à chercher de l’argent. Donc les pistes doivent être nombreuses à lancer (…) mais c'est en pratiquant que l'on apprend dans le milieu artistique. »

 

 Les projets d’Alain Gagnol sont nombreux : un troisième tome de Power club à paraître en mai, un court métrage en prise de vues réelles, un long métrage, Tulipe, et la scénarisation du long métrage d’un ami.

 

 

échos de...
Médiathèque de Roanne