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Écrivain à 3 Temps
Antoine Choplin

Jeudi 11 octobre 2018

1ère rencontre avec Antoine Choplin dans le cadre du dispositif Écrivain à 3 temps

Jeudi 11 octobre, 18h30, Le public de la Médiathèque s'apprête à rencontrer le romancier Antoine Choplin pour des échanges intenses et passionnants autour de son travail.

Antoine Choplin vit près de Grenoble où il concilie son travail d'écriture, ses activités culturelles et sa passion pour le jazz et la marche en montagne.

Son œuvre prolifique compte environ 18 romans et plusieurs recueils de poésie. C'est en 2003 grâce à Radeau qu'Antoine Choplin se fait connaître et reçoit le prix des libraires initiales. Se succèdent ensuite de nouvelles récompenses : en 2011, le prix Lettres Frontières pour Le héron de Guernica,  en 2012, le prix du roman France Télévisions pour La nuit tombée, le prix Louis Guilloux en 2017 pour Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar. Loin des sirènes médiatiques, Antoine Choplin a su conquérir un public fidèle, appréciant particulièrement son écriture sobre et porteuse d’émotion.

Cette première rencontre, inaugurée par la lecture du début de La nuit tombée, fait entrer le public dans l’amorce du récit, selon un motif récurrent chez Antoine Choplin : un personnage seul, sur une route, au cœur d’un paysage, partant vers le lieu et le temps de l’histoire narrée.

« En matière littéraire, l’énigme des commencements suscite des questions qui me sont souvent posées par les lecteurs» avoue Antoine Choplin.

Les secrets de laboratoire

« Je suis  un chimiste, dans son petit laboratoire de travail appliqué à trouver le bon dosage,  assemblant différents ingrédients au fur et à mesure, sans vraiment savoir ce qui va se passer. La confrontation au réel est nécessaire, mais elle doit être mesurée, tenue à distance ».

C’est, en quelques mots, la démarche modeste et réfléchie qu’Antoine Choplin emprunte en vue de l’élaboration du texte : le temps et le recul lui sont nécessaires. La nuit tombée, récit consacré à la catastrophe de Tchernobyl, a nécessité deux ans de maturation pour devenir un roman essentiel, écrit à la manière de Beckett, avec une économie de moyens.

De même, l’idée de départ, le choix du sujet, de l’époque, des personnages font l’objet d’une élaboration multiforme, faisant appel à des configurations imaginaires et symboliques variées :

« Un texte emprunte souvent à plusieurs sources. En y repensant, mes projets littéraires semblent tous avoir bourgeonné en plusieurs endroits. Ainsi, pour chaque livre, apparaît un faisceau de faits originels liés à l’existence sensible, disséminés dans l’espace et dans le temps. »

Et la question du pourquoi de l’écriture n’induit pas non plus une réponse simple, où l’on perçoit qu’une part de mystère tient à être préservée : « Pourquoi écrire ? A bien y regarder, s’y consacrer compose une ossature étrange pour une vie d’homme. »

 

Des personnages en prise directe avec leur propre humanité

L'écriture d'Antoine Choplin donne toute sa place aux personnages. Sans jamais les décrire, sans détailler leur visage, il entretient avec eux un rapport de compagnonnage. Comme s’il se glissait à leur côté et regardait le monde via une caméra posée sur leur épaule.

« Mes livres sont courts et évoquent nos profondeurs humaines, ils rendent hommage à ces gens simples qui savent rester debout pendant les périodes sombres de notre histoire ».

Ses mots simples laissent entrevoir une humanité bouleversante et une fraternité inébranlable. Une forêt d'arbres creux relate avec pudeur le quotidien des familles juives dans le ghetto de Terezin à travers le destin tragique de l'artiste Bedrich Fritta, mort à Auschwitz en 1944.

Un autre remarquable roman, Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar, entrelace petite et grande histoire en évoquant la dissidence de Vaclav Havel et l'amitié indéfectible le liant au personnage de Tomas Kusar, cheminot. Antoine Choplin révèle s’être inspiré de la vie du célèbre photographe tchèque Bohdan Holomicek, homme de condition modeste, proche de Vaclav Havel durant toutes ces années de militantisme et d’exercice du pouvoir présidentiel.

« Cela faisait longtemps que je voulais écrire sur la Tchécoslovaquie, sur Havel, mais je n’avais pas de biais pour commencer. Le déclencheur est toujours quelque chose de vrai, une rencontre, même si ensuite je m’en éloigne pour fabriquer une fiction ».

Le réel approché par la courbe de la littérature

« L’art est présent dans tous mes livres parce que je suis convaincu que les ressources créatives de chacun sont mobilisables ».

Antoine Choplin entretient avec l’art des rapports de proximité où, là aussi, la plus grande justesse est recherchée. Créateurs, artistes foisonnent dans ses récits, - des tableaux sauvés du Louvre au jazz contemporain en passant par la photographie -. Son approche de l’art est ouverte et vivante et cherche à capter le réel au plus près.

Dans Le héron de Guernica, Basilio s’emploie à peindre au mieux le héron, trouvant dans la représentation de l’animal une forme de résistance à la violence des bombardements absurdes et destructeurs de la guerre d’Espagne. La photographie y est également interrogée dans sa validité de support de témoignage de la terreur.

La forêt, élément clé des romans d’Antoine Choplin

La forêt, élément clé des romans d’Antoine Choplin © valeriy-andrushk

Peindre la force tranquille des personnages de l'ombre, raconter la chape de plomb qui tente de faire courber l’échine à un père et son fils suite à la fermeture de leur usine dans Cour nord sont autant de situations où Antoine Choplin s’emploie à représenter la friction de notre humanité avec des événements difficiles, voire tragiques. Pourtant, l'auteur entrevoit toujours la lumière, grâce à la nature notamment, qui devient un personnage à part entière : le ciel pour Léo, les érables pour Tomas Kusar, les marais et les hérons pour Basilio, la forêt à l'horizon de Terezin, la montagne et le fleuve pour l’auteur lui-même dans le récit de marche À contre-courant.

 L’écriture peut véritablement évoquer les paysages traversés, extérieurs et intimes.

Une rencontre littéraire à venir

Antoine Choplin est également sensible au développement de la culture de proximité. Directeur artistique du Festival de l'Arpenteur depuis 1996, il programme chaque année des rencontres atypiques avec des artistes du spectacle vivant et des créateurs d’horizons divers.

Cette démarche d’ouverture à d’autres formes de création, à d’autres engagements littéraires le conduit à proposer pour Écrivain à 3 Temps un échange avec un écrivain dont la démarche et l’univers sont à l’antipode des siens. Philippe Fusaro, romancier passionné par l’Italie, auteur de Nous étions beaux la nuit et d’Aimer fatigue, sera son invité lors de la prochaine rencontre d’Écrivain à 3 Temps, le jeudi 8 novembre à 18h30.

 

Rencontres littéraires
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